Qu’est-ce que le karaté (2) ?

Deuxième partie

Le karaté n’est pas une simple gymnastique martiale

Le karaté, face aux autres sports de combats allant du kick boxing au Judo,  est souvent perçu à tort comme une simple gymnastique ou “danse martiale” dans la mesure où le kata est vu par le grand public comme une forme de “haka” et où le combat entre deux protagonistes n’est qu’un simulacre d’escrime pieds/poing dont on aurait gommé, en raison de l’absence de KO et de nombreuses interventions arbitrales restrictives, le caractère belliqueux à contrario des boxes et du MMA.  Mais cette vision « populaire », entretenue par les autres sports de combat ou discipline de self défense, ne capture qu’une infime partie de la richesse et de la complexité du karaté qui est dans sa forme multiple. 

Une Discipline Martiale à part entière

Contrairement à la gymnastique qui se concentre principalement sur le développement physique ou aux arts de santé axés sur le bien-être à l’instar du Yoga ou du QI Gong, le karaté est fondamentalement un art de combat. Même s’ il tire ses racines du wushu chinois (kung fu), recouvrant notamment au travers du Tai Chi Chuan une bonne partie de techniques de santé venant de différents Tao Yin (zoomorphique ou non),  le karaté, anciennement appelé Tode (Main des Tang) ou Ryükyü kenpô, a été développé dès son origine à Okinawa pour la self-défense et l’efficacité au combat. D’ailleurs Sokon Matsumura, premier grand nom des Ryükyü kenpô(s) de la ville de Shuri, a été entre 1830 et 1879, garde du corps du Roi et ensuite instructeur  des  gardiens du Palais Royal de l’ile d’Okinawa. Ainsi, dans le karaté chaque mouvement, chaque technique, chaque posture, même si certaines  rappellent des attitudes que l’on retrouve dans le wushu, est pensée pour être appliquée dans un contexte de confrontation réelle.  Les katas, souvent perçus comme des enchaînements esthétiques et chorégraphiés,  sont en réalité des simulations de combat contre plusieurs adversaires, intégrant des techniques de frappe (poings, pieds), de blocage, de projection et de contrôle. D’ailleurs le bunkai, qui sollicite deux protagonistes,  est une proposition ou une interprétation d’une ou plusieurs séquences d’un kata dans une configuration uniquement de combat. Si l’essentiel de l’enseignement du karaté est centré encore aujourd’hui  sur un travail réalisé dans le vide, sans partenaire, comme dans la gymnastique, c’est certes  pour préparer le corps et le mental à la mise en place d’automatisme, mais aussi en raison de la préoccupation de certains grands maîtres fondateurs, comme Gichin Funakoshi,  de garantir l’intégrité physique des pratiquants.

En effet, le karaté, art de combat initialement non japonais, a cherché lorsqu’il s’est exporté à partir de 1920 à Tokyo ou à Osaka une forme de légitimité très nippone en se définissant, non comme un BUJUTSU, qui regroupe des disciplines létales faites uniquement  pour la guerre comme à l’époque des samourais, mais comme un BUDO, à l’instar du Kendo ou du Judo . C’est ce passage des BUJUTSU(s) aux BUDO (S), qui a incité Gichin Funakoshi à faire de sa discipline non un art pour la mort mais un art pour se maintenir en vie et si possible en bonne santé.  Il est donc vrai, comme a pu le dire Motobu Choki, enseignant de Ryükyü kenpô contemporain de Gigin Funakoshi, que les premiers  cours de karaté donnés par le Sensei Funakoshi à l’université de Tokyo, ont été assimilés à des cours de gymnastique car ce dernier y avait délaissé toutes les formes de kumité (combat conventionnel)  et avait fait le deuil définitif de la pratique du “jyu kumité”qui était selon lui très dangereuse en raison de l’absence de protection adaptée au combat plein contact.

Mais il est faux de dire que Gichin Funakoshi a réduit son enseignement du karaté à une forme de gymnastique car ses meilleurs élèves, co-fondateurs du style « shotokan », ont ré-instaurés les kumités dans leur enseignement jusqu’à s’orienter vers le combat sportif en mettant en place , notamment à la fin des années 50  avec la Japan Karaté Association (JKA), les premières compétitions de combat sous la forme du Shobu Ippon. En tant que forme de compétition orientée « combat » au coups « controlés », le Shobu Ippon a fini par être adopté par de nombreux styles. Mais la Fédération Mondiale de Karaté (WKF), en raison de son obsession de faire du karaté un sport olympique, l’a modifié pour laisser place à une escrime pieds-poing qui ne trouve toujours pas plus son public” profane  pourtant un peu éduqué à la boxe ,  aux arts martiaux japonais à travers des jeux vidéos comme “Tekken” ou “Mortal Kombat” et intrigué ou émerveillé pour certains  par l’UFC qui se targue d’être du MMA. 

De par sa martialité qui n’est pas que “symbolique”, le karaté, bien qu’étant une activité physique encadrée par une fédération (FFK) et orientée de plus en plus comme « activité de loisir » pouvant s’assimiler à une pratique sportive, n’est pas pour autant une  gymnastique et encore moins une danse.

Pascal OUALI- 15 Juin 2025

Un avis sur « Qu’est-ce que le karaté (2) ? »

  1. Très bien dit ! Ne jamais juger quelques chose ou quelqu’un si on est incapable de voir de par le manque de compétences ou recul sur le sujet. Tout n’est jamais si simple à qui veut s’y intéresser.

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